Comme quelques valentinois qui se sont
sentis concernés, je suis monté à Strasbourg pour manifester
contre le retour de la France dans le commandement intégré de
l'OTAN. C'était aussi une occasion, vu le déploiement sans
précédent de forces de l'ordre, d'avoir une idée de ce que pouvait
être le futur quotidien d'un pays, qui de plus en plus, favorise la
répression et la surveillance des populations.

Beaucoup des manifestants du 4 avril
sont en réalité arrivés entre le premier et le 3 avril et ont
vécus dans le village auto-géré situé au sud de Strasbourg.
Ce village a pu exister grâce à
l'accueil, dans les champs d'une ferme pédagogique, du propriétaire
; ainsi qu'à l'investissement d'organisations telles que Dissent ou
No Passaran. Sur place, le fonctionnement était auto-géré. Nous
étions quelques milliers à vivre là ces quelques jours et c'est
une expérience réellement enrichissante. L'exemple, d'abord, qu'un
autre fonctionnement social est possible. Que des principes de
démocratie directe peuvent être mis en oeuvre, sur une grande
échelle, et que ça fonctionne. Les seuls problèmes à déplorer
dans le camps ont été le fait de provocations des forces de l'ordre
qui étaient stationnées autour.
Parade Solidaire contre le Cirque
Sécuritaire.
C'était le mercredi. Après une brève
visite au point de ralliement en ville, la salle de concert Le
Molodoï, nous rejoignîmes une manifestation partie du quartier de
l'Esplanade. Composée principalement de clown aussi colorés que non
violents, ainsi que d'autres personnes, pas forcement déguisées,
mais toutes aussi motivées ; le tout accompagné par de la bonne
musique !
La manif fut longue et nous avons
traversé une bonne partie de la ville, accompagné de policiers en
civil (la manif était donc autorisée !).
Parfois, nous nous arrêtions et les
clowns faisaient le show, ridiculisant ici les postures martiales ou
se prosternant là pour louer une solidaire qui accrochait son
drapeau à sa fenêtre.
On a même eu droit à une embrassades
party au cours de laquelle chacun faisait la bise au voisin ou à la
voisine ! Une manif bon enfant mais le propos restait ferme : Non à
L'OTAN, Non à la guerre, non à l'impérialisme du nord sur le sud …
Nous somme finalement arrivé au
Molodoï après plus de 6 km de marche dans la ville.
Manifestation avortée et
provocations policières.
Le jeudi matin, une petite visite dans
les centre ville m'a permis de me rendre compte à quel degrés était
montée la paranoïa sécuritaire. Des bouches d'égout soudées, des
boites aux lettres de La Poste condamnées. Une présence policière
massive et visible. Après un rapide repas au Molodoï, direction la
Place Klébert pour rejoindre un autre cortège. Malheureusement, ce
dernier n'arrivera jamais. En effet, parti du village auto-géré, le
cortège est interdit d'entrée en centre ville par une forte
présence policière. La cortège est alors obligé de se replier sur
la quartier de Neuhof. Il se sépare en plusieurs groupes. Au cours
de cet après-midi, une annexe du commissariat sera envahie. Il faut
noter que la population de ce quartier populaire est plutôt
solidaire des manifestants. Avec les renfort de policier de BAC venus
de toute la France, plus de 200 manifestants seront arrêtés.
Certains, alors qu'on parlait de contrôle d'identité (4 heure maxi)
seront retenus 18 hures en garde à vue.
Vers 20:00, alors que nous sommes au
camp, l'alerte est donnée. Des forces de l'ordre se massent sur
l'aile est du camp. Une bonne centaine de personnes viennent en
renfort et le festival peut commencer. Grenades lacrymogènes à gogo
! La solidarité fonctionne et une pluie de projectiles s'abat sur la
police casquée. Un tireur de lacrimo se faufile entre les maisons et
tire du sud. Il sera finalement contraint de se replier (bien qu'il
ait été difficile à déloger !). Le face à face a duré près
d'une heure. Parfois, les grenades tombaient devant ET derrière nous
! Une vraie volonté de nettoyage de la part de la police. On
conçoit dans ces moments là la nécessite, sans doute regrettable,
d'un véritable engagement physique. En face, ce ne sont pas des
bisounours. Les tirs sont parfois tendus et les flash ball peuvent
être très destructeurs.
Libération des clown.
Vendredi, les clowns décident une
parade vers le quartier Neuhof. Ils y parviennent mais finiront
encerclés et arrêté par la police. Arrestation scandaleuse et
absolument injustifiée qui déclenchera la colère des habitants du
camp. Solidaire, un cortège de plusieurs centaines de personne prend
la rue de la Ganzeau pour libérer nos camarades. Les forces dites de
l'ordre s'amoncellent et bouchent la rue. Naturellement, la ferme
volonté de libérer nos camarades fait que cela vire à
l'affrontement. Outres les habituels projectiles, la rue est très
vite noyé de lacrymogène alors que les tirs de grenades
assourdissantes nous vrillent les oreilles. Des barricades sont
érigées et le face à face durera plus de deux heures, au terme
desquelles les clowns seront libérés.

Là encore, les force de l'ordre ont
pris l'initiative de l'affrontement. Notons au passage que les
riverains n'étaient pas hostiles aux manifestants. Le camp sera
survolé toutes la nuit par des hélicoptères et même des drones.
La grande manifestation du Samedi 4
avril.
Départ matinal du camp pour se diriger
vers le lieu de rendez vous. Sur la route, nous rencontrons des
forces de l'ordre imprévues ! Il semble que l'itinéraire soit
changé ! Alors que nous nous dirigeons vers le pont sur le Rhin,
celui-ci est complètement bloqué par la police allemande, qui lance
d'ailleurs des sommations. On constate sur la photo ci-contre que la
police filme et photographie tout ce qui lui fait face. On retrouvera
cette procédure tout au long de la manif.
Finalement, les 7000 camarades
allemands ne pourront rejoindre le cortège et nous allons finalement
au point de rendez-vous, rejoindre celles et ceux qui, de toutes la
France, sont venus en car. Sans discontinuer, nous avons été
survolés à basse altitude par des hélicoptères.
Des leaders de formation associatives
ou politiques interviennent sur la scène montée à cet effet. Alors
que tout est calme, un coté du lieu de rendez-vous et l'objet de
tirs de lacrimos. La foule se déporte donc de l'autre coté. Il
semble que des lacrimos aient même été tirées d'hélicos.
Le cortège part et longe une rive de
l'île sur laquelle nous nous trouvons. Finalement, on arrivera dans
une souricière alors que l'itinéraire semble désormais négocié
en temps réel. Alors que nous arrivons dans une rue surplombée par
un pond de chemin de fer, le passage est barré sous le prétexte que
les pompiers interviennent pour éteindre l'hôtel Ibis. Le cortège
restera là une bonne heure. Puis des gens pourront passer. Mais pour
une raison indéterminée, les policier tronçonnent le cortège à
l'autre bout. Les gens au milieux sont piégés. Là encore,
lacrymos, flash ball et bombes assourdissantes. Le cortège est
finalement dispersé.

Malgré cette triste fin de manif,
c'est déjà un succès qu'elle ait pu se tenir. En effet, tout,
absolument tout à été fait pour empêcher que la légitime colère
du peuple puisse s'exprimer dans le calme. Mais bon, les bourgeois
peuvent être heureux, leurs quartiers sont épargnés ! De façon
très frappante, le vrai rôle de la police a été révélé (pour
ceux qui encore, l'ignorait !) à cette occasion : protéger les
riches, leur politique et le capital !
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